Valérie Debuchy, rectrice de l'académie de Mayottte, partage sa feuille de route avec la presse

Forte de son expérience dans des contextes éducatifs complexes, elle entend garantir à chaque élève des apprentissages de qualité et conformes au droit commun, en misant sur une pédagogie rigoureuse, une formation renforcée des enseignants et une vision globale du climat scolaire.

Vendredi 27 juin, dans la salle Samuel Paty du rectorat de Mayotte, la nouvelle rectrice, Valérie Debuchy, a livré une déclaration de vision à la fois lucide et engagée. Quinze jours seulement après son arrivée sur le territoire, elle a exposé les grandes lignes de son projet pour l’académie, avec une priorité claire : faire progresser chaque élève, dans le respect du droit commun, en garantissant des conditions d’apprentissage équitables et ambitieuses.

Une rectrice de terrain, lucide et expérimentée

Dès ses premiers mots, Valérie Debuchy a affirmé son attachement à Mayotte qu'elle connaissait déjà. Ancienne inspectrice générale, elle revient sur l’île avec « une connaissance du terrain » et une « volonté claire de s’investir pleinement » pour la réussite des élèves. Son expérience à Créteil, dans des contextes éducatifs complexes, lui permet d’aborder les défis mahorais avec pragmatisme et engagement.

Garantir le droit commun et élever le niveau

Pour la nouvelle rectrice, garantir le droit commun n’est pas une promesse, mais un impératif. « Tout enfant, quel qu’il soit, doit être scolarisé », martèle-t-elle. Elle rappelle que près de 90 % des écoles du département assurent désormais les 24 heures de cours hebdomadaires, même en rotation, et promet de poursuivre cet effort pour atteindre le 100 %.

Mais sa vision ne s’arrête pas à la simple présence en classe : elle souhaite « élever le niveau des élèves », en renforçant la maîtrise de la langue et des apprentissages fondamentaux : la fluence, l'écriture, la compréhension écrite et oral, mais également, et surtout, la résolution de problèmes dans toutes les disciplines, dès la maternelle. « Un élève ne progresse pas à force d’activités dispersées, mais grâce à un enseignement ciblé, cohérent, exigeant et adapté à ses capacités cognitives », a-t-elle insisté.

Une pédagogie efficace, un apprentissage exigeant

Loin des approches superficielles, la rectrice veut remettre l’élève au cœur des objectifs d’apprentissage. Elle plaide pour des séquences d’enseignement efficaces, même courtes, mais denses. « Il vaut mieux 6 heures de cours réellement utiles que 24 heures à papillonner », dit-elle. Cette exigence pédagogique s’appuie sur sa formation en sciences de l’éducation et en didactique, qu’elle revendique pleinement : « Savoir faire apprendre est une vraie expertise. »

Dans cette logique, elle entend renforcer la formation continue des enseignants, notamment via des dispositifs de « lesson study », de visites croisées et de mutualisation des expertises entre pairs.

Une confiance réaffirmée envers les enseignants contractuels

À Mayotte, près de la moitié des enseignants du secondaire sont contractuels. Valérie Debuchy n’élude pas cette réalité. Mais loin de la considérer comme un défaut, elle y voit aussi une richesse : « Certains contractuels ont une excellente expertise didactique. Il faut les accompagner, les former, mais aussi les reconnaître », a-t-elle déclaré, tout en promettant que tout serait mis en œuvre pour qu’il y ait un enseignant dans chaque classe à la rentrée.

Sécurité, climat scolaire et continuité éducative : une vision globale

Consciente des défis sociaux du territoire, la rectrice insiste aussi sur l’importance du climat scolaire, pour une école sûre et émancipatrice. Forte de son expérience à Créteil, elle évoque la nécessité de partenariats renforcés avec les mairies, la justice, la gendarmerie, et les associations pour prévenir les violences et créer un environnement d’apprentissage serein. Elle appelle aussi à renforcer les Projets éducatifs territoriaux (PEDT) pour mieux articuler temps scolaire et périscolaire.

« L’enjeu à Mayotte, c’est la prise en charge complète de la jeunesse, sur tous les temps de l’enfant », affirme-t-elle, en soulignant l’engagement sans faille des équipes éducatives sur le terrain pour favoriser cette continuité éducative.

Redonner confiance aux familles et faire rayonner l’école publique

Valérie Debuchy veut combattre les représentations dévalorisantes souvent véhiculées sur le niveau scolaire à Mayotte. « Il ne suffit pas de dire que le niveau est catastrophique. Il faut regarder comment on évalue, et sur quelles compétences. Nos élèves ont envie d’apprendre. Il faut révéler leur potentiel », défend-elle avec vigueur.

Pour elle, l’un des objectifs clés est de restaurer la confiance des familles dans l’école républicaine, dans ses diplômes, ses certifications, et dans sa capacité à faire réussir tous les enfants. Elle souhaite aussi que les élèves formés ici deviennent demain des cadres et citoyens autonomes, capables de contribuer au développement du territoire.

 

Mise à jour : juillet 2025